La Pomme

Ce nom a vu le jour au début du XVIe siècle lorsqu'un inconnu a créé sur la route royale d'Aubagne (au 65 av Allard aujourd'hui), une modeste auberge, un "logis" dit "de la Poume", portant ce fruit comme enseigne, symbole des vastes vergers que les Dominicains possédaient depuis quelques décennies aux environs du hameau de Saint-Dominique, à quelques centaines de mètres au nord-ouest de l'auberge.

Peu à peu s'est constitué un hameau, puis un village autour du logis : la Pomme Saint-Dominique, puis simplement la Pomme. Mais avant, comment se nommait ce coin du terroir compris entre l'Huveaune, Saint-Jean du Désert et les Comtes ? Depuis le XIIe siècle, les coteaux de la Grande Bastide étaient dits Plan de Padéou, le plateau de Padeau et la frange méridionale le long de l'Huveaune, sous Padéou : c'était depuis plus longtemps encore, au IXe siècle, le Colombier. C'est au levant du Colombier que la Poume est née entre deux vénérables moulins.

Un logis fournissait le gîte et le couvert mais surtout une halte aux nombreux charretiers qui empruntaient le Grand Chemin d'Aubagne. Cela, ainsi que l'essor économique engendré par le rattachement de la Provence au royaume de France et l'installation de riches familles qui deviendront célèbres (les de Forbin et les de Villages en particulier), a sans doute motivé le créateur du logis de la Pomme.

Au cours du XVIIe, le village a pris forme et un "rolle" (recensement) de 1630 attribue à la Pomme 601 habitants et 63 bastides ou maisons, dont les moulins précités. Les possédants de biens du quartier décidèrent de bâtir leur propre chapelle pour éviter de se rendre à celle de Saint-Dominique, incommode d'accès. Ce sera fait en 1670 et plusieurs différents surgiront entre les deux chapelles jusqu'à la Révolution.

En 1791, les Dominicains sont expulsés et leur chapelle vendue comme bien national. À partir de 1807, la chapelle de la Pomme, Notre-Dame de Lumière, devient l'église paroissiale, mais reprend le titre de Saint-Dominique, en mémoire de la plus ancienne.

Le XIXe siècle voit s'épanouir le village, devenu banlieue de la grande cité. Essentiellement rural, il va découvrir l'industrialisation à ses environs immédiats et notamment à Saint-Marcel. La création de la voie ferrée Marseille-Toulon en 1858 et l'apport des eaux de la Durance depuis 1848 modifient le paysage, les habitudes et l'économie. L'irrigation permet de créer de vastes prairies et d'établir les premières laiteries, ainsi que des cultures maraîchères intensives. La Pomme et ses environs sont alors appelés la "Petite Normandie". En 1860, un enfant du quartier, M. Ginouvès, invente une recette culinaire qui fera la renommée du coin : les "paquets", en fait "pieds et paquets" de la Pomme.

Succédant aux omnibus, les premiers trams apparaissent vers 1900 : le n° 14 dessert la Pomme.
Au cours du XXe siècle et jusque dans les années 1960, la Pomme conserve sa ruralité, puis c'est l'explosion démographique que l'on connaît : les ensembles immobiliers couvrent prairies et jardins. En 1999, le quartier compte 18 153 habitants, une multiplication par 30 en trois siècles et demi !...

Article rédigé par Roger DANIEL, membre du Comité du Vieux Marseille et Georges REYNAUD, enseignant, chercheur honoraire, administrateur du Comité du Vieux Marseille.

Travaux dans ce quartier

Toutes les thématiques